Tout commence en 2017, lors d’une réflexion conjointe lancée par le maire de l’époque de Moncontour, avec l’aide d’un acteur local de l’économie numérique et d’un acteur de l’économie sociale et solidaire (ESS). Cette réflexion porte sur la problématique du vieillissement de la population et la potentielle fracture numérique à l’œuvre sur le territoire. Le décrochage numérique des séniors n’est pas inéluctable. L’histoire d’Yvonne, aujourd’hui 84 ans, en est un bon exemple. Pour remplacer son antenne de télévision défectueuse, il lui a été conseillé de prendre un abonnement Internet et une tablette. Elle s’est rapidement convertie à ses nouveaux outils, si bien qu’aujourd’hui, elle peut à nouveau lire son journal, communiquer avec ses amies et même jouer en ligne. « Cette personne caractérise bien notre projet Chez Yvonne », explique Patrice Hénaff, directeur de Rich’ESS, le pôle de développement de l’économie sociale et solidaire du Pays de Saint-Brieuc, co-créateur du projet avec la mairie de Moncontour et l’incubateur numérique CommaPoint. Pour lui, l’expérience d’Yvonne démontre que des publics, a priori éloignés des technologies numériques, s’y lancent très bien avec un minimum d’accompagnement. La population vieillissante pourrait même devenir le vivier de nouveaux services. « Notre souhait est de transformer ce qui peut être considéré comme un frein, en une chance pour notre territoire rural. »

Un écosystème d’acteurs

En 2018, des liens sont tissés entre la municipalité, des habitants bénévoles, des partenaires de l’ESS, la caisse d’allocations familiales (CAF), une banque, un centre de formation, une caisse de retraite… Une étude des besoins est menée par Rich’ESS, financée par la région Bretagne, l’État et la Banque des Territoires (voir encadré). Une association est ensuite créée et une étudiante en master de sciences de l’éducation/technologies pour l’éducation et la formation est recrutée, pour construire des contenus de transitions numériques et les expérimenter. En mai 2020, l’association s’installe dans des locaux municipaux de 90 m², mis à disposition au rez-de-chaussée de la mairie, en contrepartie d’un pourcentage du revenu des locations des coworkers. Baptisé « Chez Yvonne », cet espace numérique offre un accueil, une salle de réunion et un espace de coworking aménagé pour accueillir jusqu’à douze télétravailleurs. Animés par une salariée, des bénévoles ainsi que des intervenants de la caisse d’allocations familiales et de la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), des services d’accompagnement numérique sont proposés aux particuliers et aux professionnels (commerçants, artisans et associations), sous la forme d’ateliers, de formations et de sessions d’écoute numérique. « En dehors des restrictions liées à la crise sanitaire, les ateliers ont rapidement fait le plein, avec 15 à 30 personnes participant, y compris lorsque nous avons délocalisés à Bréhand, une commune voisine », poursuit le directeur de Rich’ESS. « Pendant cette période de crise sanitaire, nous avons aussi reçu individuellement de nombreux commerçants et artisans désireux de se tourner vers les usages numériques pour maintenir et développer leurs activités. »

Chacun partage ses compétences

L’association « Chez Yvonne » compte une dizaine de bénévoles actifs. Une personne, employée 4 jours par semaine, anime les ateliers et coordonne les activités et les évènements. « Ce poste devrait passer à temps plein en 2021 », commente le directeur. Suite à un bon démarrage et à l’engouement des usagers, particuliers comme professionnels, l’association pourrait envisager de s’agrandir et d’augmenter le nombre de ses évènements. Des investissements qui pourront être facilités si la candidature en cours d’examen de l’association à l’appel à manifestation d’intérêt national «Fabriques de territoire » est retenue. « Nous avons volontairement commencé petit pour mener ce projet avec les habitants, en essayant de répondre à leurs besoins. "Chez Yvonne" est un lieu de vie participatif où chacun partage ses compétences avec les autres usagers. » Il cherche en outre à agir de façon complémentaire avec les services numériques du territoire, comme les espaces publics numériques, et les activités des entreprises existantes. Le système de réservation et de paiement à distance pour louer les espaces de coworking et les salles de réunion du tiers lieu a, par exemple, été créé par une société locale qui va maintenant le déployer à plus grande échelle.

Les porteurs de projets innovants sont les bienvenus

« Nous souhaitons maintenant nous tourner vers l’accueil d’un troisième public : celui des porteurs de projets innovants qui travaillent sur l’usage des technologies numériques et particulièrement sur la domotique au service du maintien à domicile des personnes âgées. » Le directeur de Rich’ESS poursuit : « L’idée est de leur proposer des séjours, voire des financements, pour qu’ils testent leurs innovations, avec le soutien des acteurs et des seniors du territoire. » À moyen terme, les projets ne manquent pas pour « Chez Yvonne » : formation de relais numériques (animateurs d’Ehpad, professeurs des écoles, professionnels médicosociaux…), diffusion de la pédagogie et de la méthodologie « Chez Yvonne » en Bretagne, transformation de l’association en société coopérative d’intérêt collectif (Scic)…

Domaine

Méthodes / Outils

Objectifs et méthodes

« Chez Yvonne » en quelques chiffres

Reconnu « Espace de vie sociale » par la CAF, « Chez Yvonne » reçoit 40.000 euros sur trois ans pour son fonctionnement. La Carsat apporte aussi des financements pour les ateliers. Le budget de la première année de fonctionnement a été d’environ 25.000 euros. L’étude des besoins a été financée via l’appel à projets « Dynamisme des bourgs ruraux et des villes en Bretagne » financé par l’État, le conseil régional et la Banque des Territoires

Problématique
Espaces publics / Espaces délaissés